Cultures en Mouvement

Sciences humaines d'une part, traitement de l'actualité d'autre part !

dimanche 20 août 2006

Sociologie du couple

Tout ce qui touche à la vie quotidienne et qui était autrefois transmis par la tradition, est mis en questionnement généralisé. Chacun veut savoir le pourquoi du moindre détails, et le comment lui permettant d’améliorer son existence. Cette logique domine le couple aujourd’hui. Ce couple moderne est paradoxal: à la fois plus attirant, plus intégrateur et plus précaire, sujet à être remis en cause du jour au lendemain.

La mise en couple d’abord, est désormais progressive, donnant le temps d’expérimenter le partenaire. L’attente de proximité et de contraste sont souvent étroitement mêlées: l’autre doit être aussi proche que possible tout en apportant une richesse particulière, faite de ce dont l’on est le moins doté. Selon Jean-Claude Kaufmann, les couples se forment autour d’une perception inconsciente d’une problématique commune, avec simultanément des manières complémentaires d’y réagir chez l’un et l’autre. En effet, l’articulation ressemblances-différences est centrale dans la formation du couple. L’unité complémentaire est parfois l’art d’associer la plus grande proximité avec la plus grande différence.

Mais n’importe qui ne se « marie » pas avec n’importe qui précisément parce que n’importe qui ne rencontre pas n’importe qui. Les rencontres se font dans des types de lieux publics, des lieux réservés, et des lieux privés différents. La fréquentation de lieu définis aura défini ce que seront les fréquentations. Mais en général, on évoque plutôt le hasard et c’est probablement une manière de se protéger, évitant d’avoir à donner une autre explication. Le hasard permet de repousser l’idée que l’on aurait pu évaluer le partenaire comme une vulgaire marchandise, ou penser à une stratégie d’avenir en le choisissant, ou encore défendre ses intérêts personnels. Parler de hasards laisse cours à l’évocation d’une naissance mystérieuse de l’amour. De même que la réalité d’un choix réfléchi est difficilement avouable car elle s’oppose à l’idéal amoureux dans ce qu’il y a de plus pur, loin de tout calcul. Mais le choc amoureux est le résultat d’une prédisposition socialement et individuellement construite, qui place le sujet dans les conditions de pouvoir ou de devoir l’éprouver.

Le couple commence donc à petit pas, dans la légèreté insouciante du moment présent. L’important est d’être libre, de respirer la vie à plein poumons, de prolonger la jeunesse. L’angoisse est de s’enfermer trop vite dans l’existence installée, de limiter l’horizon, de rater d’autres bonheurs possibles. Cette légèreté conjugale a une double fonction: freiner l’intégration pour que chacun trouve ses positions et évaluer la faisabilité de l’accord pour se retirer aisément. Il s’agit de tester le partenaire et sa propre personnalité reformulée par les débuts de la vie de couple. Il s’agit non seulement de décider si nous sommes faits pour tel union mais si cette union nous fait tel que nous souhaitons être. Car l’amour fondateur du lien conjugal est en partie une dénégation du « je » au nom du « tu » et du « nous ».

Une fois réunis, le contrat amoureux positive l’être considéré et, ce faisant, construit un rapport de sens positif pour l’amoureux lui-même: être amoureux, c’est être en accord harmonieux avec le sens de la vie. Nous sommes amoureux de notre conjoint mais nous idéalisons aussi nos amis, notre chien, notre logement.

L’amour est une construction particulière dans la mesure où existe un décalage entre sa représentation collective e la façon dont chacun le vit. Chacun attend beaucoup de ce couple et paradoxalement, l’idéalisation du couple est à l’origine de sa fragilité, le rendant plus complexe à construire.

Enfin, les causes de la rupture sont à rechercher dans le processus historique d’individualisation de la société: l’autonomisation progressive des individus les amène à regarder de façon critique leur présent et à se satisfaire moins facilement des situations acquises.

Le lien social était imposé aux acteurs, maintenant il est ouvert et à construire: il faut construire sa propre identité d’où la difficulté de maintenir une union stable.

Posté par Benjamin Wolff à 02:32 - Sociologie - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

therapeutique

Quand ça va mal faut_il s'orienter vers l'institutionalisation de la fete du divorce ou reflechir à promouvoir un réalisme therapeutique qui ne nie pas l'impossible constat de la séparation?
Vers la société du lien social des célibataires ?

Posté par dralla, vendredi 23 février 2007 à 10:06

Poster un commentaire