Cultures en Mouvement

Sciences humaines d'une part, traitement de l'actualité d'autre part !

samedi 25 février 2006

Sociologie de la pornographie

Patrick Baudry, sociologue, est l’un des premiers en France à s’être intéressé à l’image pornographique. Cela fait déjà quelques années maintenant qu’il a publié La pornographie et ses images. Dans nos sociétés contemporaines, cette image pornographique est à la fois cachée et omniprésente, et touche un public extrêmement varié. On parle d’ailleurs aujourd’hui d’une véritable industrie du sexe qui génère des chiffres d’affaires colossaux. Cette consommation de masse a démarré dans les années 80 avec l’apparition du magnétoscope, c’est-à-dire la possibilité de projeter chez soi les vidéos pornographiques. Une mixité des publics s’amorce, c’est-à-dire qu’au lieu d’un public essentiellement masculin de la salle de cinéma, nous avons un public masculin et féminin avec la vidéocassette, le DVD puis internet.

Ce qui a amené à m’intéresser à la pornographie, et ce en quoi la pornographie est un objet d’étude tout aussi sérieux qu’un autre, c’est précisément que ce genre cinématographique ne concerne plus que quelques masturbateurs célibataires. En effet, cette sexualité d’image n’est pas qu’une sexualité de remplacement ou une pratique compensatoire, mais ce sexe imagier vient en plus d’une sexualité de relation. Pour beaucoup de consommateurs, ces films constituent une autre manière de vivre le sexe. Ils offrent des angles de vues et produisent du voir. Un voir particulier puisqu’il s’agit de voir ce qui dans la sexualité quotidienne est invisible et en plus, de voir autre chose que ce qu’ils font d‘habitude.

A partir de là, on peut distinguer deux choses radicalement différentes à savoir la mise en scène du sexe dans le film pornographique et la sexualité relationnelle. Tout comme le spectateur d’un film normal voit du « vrai » qui est du « faux » tandis que le spectateur de l’imagerie sexuelle voit du « faux » qui est du « vrai ». En effet, le pornographique réduit la sexualité au sexe. Normalement la sexualité comprend le sexe et les émotions mais les images pornographiques ne sont pas faites d’émotions ni faites pour l’émotion. Ce sont des images faites pour la sensation: à la fois on s’excite et l’excitation est un spectacle à quoi l’on assiste.

C’est précisément parce que les manières de faire des acteurs et actrices ne sont pas celles que nous connaissons dans notre vie sexuelle, qu’il s’agit d’un métier. L’actrice ne jouit pas car elle est la jouissance elle-même, et c’est parce qu’elle ne jouit pas qu’elle peut affirmer que c’est un métier. La femme est le matériau premier des cassettes vidéo. L’acteur se tient aux cotés de l’actrice, et c’est elle que l’on voit. L’acteur se contente d’aider à mettre en scène la mise en scène du sexuel. C’est l’excitation féminine qui est spectaculaire, l’excitation masculine va de soi et accompagne la performance de l’actrice car c’est elle qu’on juge essentiellement.

           « C’est elle qui s’observe surtout et dont on apprécie les talents et le professionnalisme. C’est moins l’érection qui se regarde que le résultat d’une fellation, ou moins l’éjaculation que sa capacité masturbatoire ou sa bouche. Ce sont les lèvres et ses yeux que l’on juge, le mouvement de ses fesses et la forme qu’elle donne à ses seins. C’est la mine de son excitation que l’on guette. Ce sont ses mouvements de langue, le creusement de ses joues, son regard qui s’évaluent. C’est son maquillage et son vernis à ongles, l’ondulation de ses cheveux, ses gémissements et les mots qu’elle prononce qui sont surtout testés. »

Ensuite, le plaisir réside dans le fait que les femmes sont disponibles, à un usage sexuel: leur corps est réduit au sexe du corps. Elles n’ont pas d’exigences particulières, mais sont plutôt faites pour les exigences qu’on peut en avoir d'elles. Pendant que l’actrice s’ennuie et qu’elle est ailleurs, c’est là qu’elle se rend disponible. Non pas d’elle-même mais c’est nous qui constituons sa disponibilité pour nous.

L’idée centrale est qu’il ne faut pas s’interroger sur la sexualité qui se voit dans le film mais sur la manière que l’image a de la montrer. La pornographie n’est pas simplement un contenu, c’est une ambiance générée dans le rapport entretenu à un contenu spécifique. On peut énumérer quatre caractéristiques de cette image: la précipitation de la scène sexuelle (le dialogue dure quelques secondes), la saturation du sexe c’est-à-dire qu’on ne voit que ça dans ces films, la sexualité est de type professionnel qui donne à l‘image ses caractéristiques et son ambiance: nous avons vu en quoi c’est un métier, et enfin le « hors récit ». Le hors récit c’est-à-dire hors de toute contrainte narrative, d’un scénario prétextuel et surtout le prétexte d’y avoir aucun texte: le film X ne raconte rien.

Le porno ne montre rien que nous ne sachions déjà. Voir des gens faire l’amour ne procède pas en soi d’une nouveauté. Le porno fait voir du déjà su. Le spectateur sait comment vont s’enchaîner les séquences. Il ne regarde pas mais voit qu’il vérifie que ce qu’il voit devait se produire: Parfois il se précipite vers la scène qui l’intéresse le plus puisqu‘il sait tout, il n‘y à rien d‘autre à voir que ce qui sera vu: déshabillage rapide - fellation - cunnilingus - pénétrations multiples - sodomie - éjaculation faciale. C’est uniquement le corps qui fait récit: le récit se fait corps.

Voir un film X, ce n’est pas regarder par la fenêtre des voisins qui font l’amour. Ni même voir des acteurs faire l’amour. Mais assister à des scènes codées où ce que l’on voit ce sont des gens qui font du « faire l’amour ». L’image n’est qu’apparence et surface et si l’on pense que l’image montre la réalité, c’est parce qu’elle est une construction du réel: elle trompe falsifie et illusionne. Mais en réalité elle déconstruit la véritable relation sexuelle.

L’idée principale du livre de Patrick Baudry est certainement qu’on ne regarde pas un film porno, on voit peu, mais on visualise. En effet, la puissance de l’image n’existe que lors de la première projection: au moment de sa découverte, elle captive, sature la vision et clôt le regard. La revoir oblige à ne plus jamais la voir telle qu’elle avait été vue, avec une telle puissance et un tel aveuglement. La revoir oblige en fait à commencer de la voir et de la regarder. La puissance de l’image existe car elle est seulement visualisée: c’est dans l’instantanée et l’actuel que réside le plaisir. Les images sexes du film porno sont à la fois investies et visionnées: le spectateur redouble la position de l’acteur se voyant voir. Dans le X on est pas pris par l’image, mais on est pris par une ambiance générée par l’image. Pour différencier la scène de X et la relation sexuelle intime, l’acteur installe un décalage entre les deux (aussi pour montrer qu‘il s‘agit d‘un métier). Ainsi il joue à jouer un rôle d’où la distanciation entre le corps de l’acteur et l’acteur lui-même. Et du coté du spectateur, il s’agit de se voir voir, d’un décalage entre soi et le spectateur. Il y a cette capacité à jouer avec sa propre excitation, de se superviser dans le rapport qu’on a à l’ennui, au dégoût, à l’excitation, à la transgression.

Le porno est donc un monde en tant que tel qui se situe à coté de la vie sociale. Et le phénomène de sexualisation est directement lié à l’évolution des technologies qui permet de montrer et surtout de démontrer le sexe. Si l’on peut échapper à la sexualité, il est cependant difficile d’échapper au sexe.

Posté par Benjamin Wolff à 04:44 - Sociologie - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

juste parce qu'il y a des fautes qui m'ont fait mal aux yeux...
au début tu fais une contradiction en disant que ce genre cinématographique ne concerne plus que quelques masturbateurs célibataires, enlève le "ne" et ca voudra dire ce que tu voulais dire!
et puis produisent au lieu de produient
et différencier au lieu de différentier.
désolée d'apparaitre comme ca, mais je peux pas m'en empécher j'aime bien lire tes articles et je n'aime pas les fottes d'ortaugraf
bonne continuation

Posté par elaya, samedi 4 mars 2006 à 14:35

...

Je crois plutôt que c'est toi qui n'as pas compris ce que je voulais dire: Ce genre cinématographique ne concerne plus (du tout) que quelques masturbateurs céibataires. Et je veux dire par là que ce n'est plus seulement quelques masturbateurs célibataires qui sont concernés par le porno. Et non pas que le porno concerne ++ que quelques masturbateurs célibataires. Sinon ma phrase n'aurait rien voulu dire du tout...

Posté par BW ou CEM, samedi 4 mars 2006 à 21:20

Vive l'orthographe !

Elaya n'aime pas les majuscules ! C'est bien dommage pour quelqu'un qui se targue de déceler les "fottes d'orthaugraf".

La ponctuation est aussi à revoir.

Posté par Bonjour, vendredi 23 juin 2006 à 16:29

Porno

Très bon article, merci !

Posté par porno, jeudi 6 mars 2008 à 13:00

oui effectivement pas mal de fautes et erreurs de syntaxe

Posté par site porno, mercredi 6 août 2008 à 19:29

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